Le webdocumentaire en 2011 | frederic's blogpost @ Memefest
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frederic

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Le webdocumentaire en 2011

En mars 2010, l'expert français en audiovisuel Web & TV, Olivier Crou (ourc sur Twitter), a contribué un billet puissant au sujet du webdocumentaire. Il y explique avec moultes détails et exemples en quoi ce "nouveau" genre de documentaire permet à la fois une lecture délinéarisée et participative.

Il soutient notamment que le webdocumentaire offre une nouvelle grammaire, une nouvelle façon de narrer une histoire. Son billet complet se trouve ici: http://webdocu.fr/web-documentaire/2010/03/05/qu%E2%80%99est-ce-que-le-webdocumentaire/ Je vous le recommande fortement.

Ce billet et tous les contenus qui ont fusé par la suite en 2010 -- autant sur les plateformes de l'ONF (http://interactif.onf.ca), d'ARTE (http://webdocs.arte.tv) que de LeMonde.fr (http://www.lemonde.fr/a-la-une/visuel/2010/04/09/le-corps-handicape-vivre-apres-l-accident_1330980_3208.html), et les sites indépendants (ex: http://www.lescommunesdeparis.fr/) -- en ont fait une année faste pour le documentaire interactif.

Mais ce genre, souvent mépris pour le reportage multimédia (il est vrai, la frontière entre documentaire et reportage est parfois fine), a un temps été vu comme un genre-refuge pour un journalisme agonisant. Or, depuis, il y a eu WikiLeaks, phénomène autrement plus massif et qui devrait durablement modifier le journalisme dans nos soi-disantes démocraties. WikiLeaks et ses inévitables émuls, les variantes sur le thème du data-journalisme et autres initiatives alliant enquête, programmation, graphisme et narration vont faire tout un tapage en 2011, c'est garanti.

Le webdocumentaire, lui, restera. Il ne sera pas une panacée pour les journalistes et documentaristes qui vivent de plus en plus des situations de précarité avancée. Mais il sera. Les reporters multimédia -- surtout les natifs du Web -- et les documentaristes curieux de la culture numérique, devraient être en mesure, en 2011, de créer ici et là de bons récits documentaires accotés sur une infrastructure technique d'avant-garde.

Ce que Gaza-Sderot (http://gaza-sderot.arte.tv/fr/) et Waterlife (http://waterlife.nfb.ca) ont été en 2009 et, Prison Valley (http://prisonvalley.arte.tv/?lang=fr) et PIB (http://pib.onf.ca) en 2010, d'autres le seront en 2011.

Ceci dit, il y a lieu de se questionner sur la capacité d'attraction de ce genre. Tout comme le documentaire classique, jusqu'à preuve du contraire, le webdocumentaire n'a pas réussi à attirer de foules. À l'exception des webdocs adossés à des télés publiques, les webdocumentaires ne créent pas d'engouement populaire. Sont-ils surproduits? Surfaits? Inaccessibles pour le citoyen? Je ne pourrais dire, pour l'instant. Il reste qu'il s'agit d'un irritant qu'il faudra dépasser en 2011, si le genre est pour se faire une petite place dans les chaumières.

Certains plaident d'ores et déjà pour le cross-média (ou transmédia, c'est selon) -- forme de production dans laquelle on joue sur plusieurs tableaux (sur plusieurs écrans). Or, là réside justement un petit problème. Appelons ça un risque,

L'une des beautés du webdocumentaire réside dans le fait qu'il peut (mais ne doit pas) se confiner au Web indépendant, voire au Web non-commercial. ARTE et l'ONF, deux agences publiques, dispensées de l'obligation de maximiser les profits (jeu auquel joue la télé privée), se démarquent d'ailleurs au chapitre de la production de webdocumentaires. C'est le cas aussi des autres télédiffuseurs publics et même les ONGs (ex: Médecins sans frontières et leur "État: critique" http://www.condition-critical.org/fr/).

Pour boucler la boucle, je pense sérieusement que le webdocumentaire est voué à un bel avenir cette année encore, mais à la condition qu'il arrive à user de ruse pour se faire une place au soleil. Une place dans le Web citoyen et sur les supports mobiles. Au lieu d'abdiquer du Web d'avance en tentant de s'en remettre à des stratégies cross-média qui font malheureusement trop souvent le jeu des impératifs des télés privées, les artisans du webdocumentaire devront continuer à flirter avec toutes les possibilités du Web indépendant. On est loin d'avoir tout essayé.

Je ne dis pas pour autant que les intérêts privés ne sauraient faire dans le webdocumentaire, comme l'ont tenté SFR en France avec le webdoc Homo Numericus (http://www.sfrplayer.com/homonumericus/#/le-webdocumentaire-sur-la-revolution-numerique-de-sfr-page-d-accueil) ou encore MediaStorm aux États-Unis, qui ne cesse de pondre des essais photo-vidéo de haute qualité, en association avec des médias commerciaux. Les exemples existent, mais pour le nombre de médias qui auraient le potentiel de produire des webdocumentaires, force est d'admettre que l'entreprise privée n'est pas au rendez-vous. Question de culture, d'intérêt.

Le webdocumentaire en est à ses premiers balbutiements. Si toutefois 2011 s'avère un échec sur le plan de l'auditoire, il se pourrait fort bien que le genre soit déjà en train de connaître son âge d'or. Le succès d'estime, c'est bon, le succès d'auditoire, c'est mieux ;-)

Bonne année 2011.

Frédéric Dubois est basé à Montréal.

Comments

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moisemc
8 years, 11 months ago

Merci pour ce billet, Frédéric. Tu soulignes plusieurs points intéressants. Je crois que les documentaristes ont beaucoup de potentiel à explorer avec le webdocumentaire et le transmédia. Il ne faudrait pas s'attendre à ce que ces nouveaux genres suscitent davantage l'engouement populaire que les documentaires plus classiques. Par contre, on peut espérer que la multiplication des plateformes permette à chaque projet d'être diffusé sur le (ou les) média qui lui convient le mieux.

Ce qui aidera à démarquer les webdocumentaires de qualité des reportages, publireportages ou publireportages d'état, c'est la vision d'auteur, la relation privilégiée avec les personnages ET le public intéressé et le choix approprié de la plateforme, peu importe le financement et les paillettes technologiques.

Penser un documentaire à caractère social sous la forme d'une oeuvre transmédia permet de l'ancrer à la fois dans les réseaux sociaux virtuels (facilité de partage/circulation) et dans des communautés et lieux physiques (relation directe avec le public, potentiel de mobilisation). Imaginons un peu à quoi pourrait ressembler un "Collectif des Lucioles" version 2011 !

J'ai bon espoir. Et d'ici la fin de 2011, j'aurai contribué moi aussi au développement du genre.

frederic
8 years, 10 months ago

Moïse,

Sur quel projet de documentaire Web travailles-tu?

Au plaisir,

Frédéric

moisemc
8 years, 10 months ago

Bonjour Frédéric,

Je travaille sur l'expérience individuelle et collective des personnes arrêtées dans le contexte du G20 de Toronto l'été dernier. J'en suis à l'étape du développement et de la recherche. Ce sera un projet transmédia... On vient d'approuver le projet Jeunes Volontaires qui donnera le fil conducteur à cette démarche et Patricia Bergeron a généreusement accepté de me soutenir dans ma démarche. J'écrirai davantage à ce sujet bientôt.

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